Comment reprendre son souffle dans un monde qui s’accélère ?

Et si ce n’était pas une question d’en faire toujours plus, mais de faire autrement ?

Le mois de mai et ses jours fériés est révélateur : certains ont “enfin” pu souffler et ressentir les biens faits du retour au calme, de s’extraire 4 jours d’un rythme effréné… D’autres, au contraire, ont senti leur stress redoubler : faire en 3 jours ce qui se fait en 5, accumulation et fatigue chronique. Chez beaucoup de dirigeants, une même question réside : « Pourquoi je perds aussi vite le bénéfice de 4 jours de pause ? Pourquoi je me sens aussi submergé… Et pourtant si vide ? »

Limiter le bruit, pour optimiser l’espace mental

Ce n’est pas tant la charge de travail qui épuise, mais le bruit constant. Sollicitations, microdécisions, urgence permanente : une vraie surcharge mentale. Un trop-plein invisible qui déborde sans que l’on s’en aperçoive.
Chez les dirigeants que j’accompagne, je remarque que ce ne sont pas les crises qui les écrasent, mais l’impossibilité de trier. Tout paraît urgent. Plus personne ne leur offre l’espace dont ils ont besoin pour souffler.

Et pourtant, dès qu’un peu de calme est réintroduit, l’énergie revient. Les idées se réorganisent, la clarté se fait.

Il y a une différence entre un dirigeant “plein” mais serein et un dirigeant en tension constante, en surcharge mentale. Ça ne tient pas à la quantité de choses qu’il gère, mais à la manière dont il les contient mentalement et émotionnellement. Un dirigeant serein est comme un récipient organisé : il est plein, oui, mais chaque chose a sa place. Il respire, il avance avec lucidité, même dans l’intensité.

À l’inverse, le dirigeant en tension est constamment « ON » : sollicitations multiples, pression permanente, surcharge émotionnelle. Il ne trie plus. Il absorbe tout… Et ne s’autorise plus à souffler.

Une heure au Spitzberg : un miroir révélateur

Lors de mon expédition au Spitzberg, je me suis retrouvée seule, en pleine nuit polaire, à faire le guet pour surveiller la présence des ours. Une heure debout, en silence.

Ce moment a été une révélation.

Je me suis rendu compte à quel point mon quotidien était saturé de bruit. Pendant cette heure, mon mental s’est mis en pause. J’ai écouté le vent, observé un renard polaire, vu le ciel changer… Sans penser à rien. J’étais simplement là. Depuis, j’intègre des temps de silence dans mon quotidien : couper la radio, savourer une pause en nature, marcher sans but précis. Ces respirations m’aident à me recentrer et à réduire cette surcharge mentale qui s’installe progressivement.

Ces respirations m’aident à me recentrer.

3 leviers pour retrouver de la sérénité dans un quotidien agité

1. Se créer un sas de calme en début de journée

Avant de me plonger dans mes mails ou appels, je commence par 5 minutes de cohérence cardiaque (inspirer 5 secondes, expirer 5 secondes). J’utilise l’application RespiRelax.
Pourquoi ? En 5 min, le niveau de cortisol baisse et ma lucidité augmente. C’est aussi mon moyen de me rendre disponible avant de l’être pour les autres. Un rituel simple, mais essentiel quand on cherche à contrer la surcharge mentale dès le matin.

Je constate régulièrement que les dirigeants à peine montés dans leur voiture sont déjà au téléphone, ou prennent leur petit déjeuner en traitant leur mail ; tout juste sorti du lit, ils sont déjà en train de courir après le temps.

2. Nettoyer le bruit inutile

Je fais régulièrement le tri dans les sources de bruit : notifications, réunions superflues, interruptions. Enlever ce qui m’encombre mentalement est un vrai levier de bien-être. J’ai supprimé toutes les notifications de mes applications pour seulement garder la pastille rouge qui m’indique visuellement la présence de message.

Deuxième astuce, j’ai programmé mon téléphone pour qu’à une certaine heure, il se mette en silence à l’exception de mes proches.

Pourquoi ? Le calme, ce n’est pas “moins de choses”, c’est moins me disperser.

Chaque fois que je forme à la gestion du temps, les managers sont interrompus en permanence par une notification (SMS, mail, WhatsApp, messages Teams…). Et comme l’humain est curieux, il est difficile de ne pas aller lire le contenu du message. Mais elles fragmentent l’attention de manière insidieuse et épuisent la mémoire de travail, et favorisent la surcharge mentale.

3. Couper pour se ressourcer

Non, les pauses ne sont pas un luxe.
Ce sont elles qui vident le verre.

Quand je pars marcher plusieurs jours, je ne fuis pas : je me retrouve. Sans pression, sans écran, sans attente.
C’est souvent là, dans le silence de la nature, que les meilleures idées émergent.

Pourquoi ? Parce qu’on ne trouve pas la bonne direction en courant toujours plus vite. On la trouve en s’arrêtant.
Je dis souvent à mes clients : « Vous rechargez votre téléphone chaque jour. Et votre cerveau ? »

L’accompagnement : une respiration plus qu’un effort

Coacher un dirigeant, ce n’est pas lui dire comment faire. C’est lui offrir un espace sans pression, où il peut poser ses valises, sans jugement.

Je pense à cette manager en reprise post burn-out. Elle voulait reprendre “à fond”. Je lui ai proposé de construire un rythme avec des sas de décompression. Son besoin n’était pas de “faire moins”, mais de sortir d’un cycle de surcharge mentale chronique. Un an plus tard, elle me dit :
« Ce que j’ai appris avec toi, ce n’est pas de ralentir. C’est d’avoir le droit de respirer. »

Je me rappelle aussi, lors d’une clôture d’un coaching, avoir un point de vigilance, car le directeur de site était en apnée. Un an après, les dirigeants m’ont appelé.
« Tu avais raison, nous avons sous-estimé ton feed-back. Résultat : Philippe a explosé, il est en arrêt. »

Conclusion : Et si ralentir était une stratégie de dirigeant ?

Le monde ne ralentira pas pour vous. Mais vous pouvez décider de ne plus avancer à l’aveugle. Le Spitzberg m’a appris une chose : la lucidité ne vient pas en courant tout le temps. Elle naît dans les espaces calmes.
Comme cette heure où le renard a traversé le paysage gelé… Où j’ai enfin senti que j’étais là, alignée, présente… Peut-être même vivante !

Ralentir n’est pas reculer. C’est reprendre du souffle pour voir plus loin. Et ce n’est pas une faiblesse de ralentir. C’est une stratégie pour tenir.

Dans un monde saturé d’informations, apprendre à prévenir la surcharge mentale devient un avantage stratégique pour tout dirigeant.